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Outreau, Strasbourg, collision frontale

Sur France Inter, la présomption d’innocence n’existe pas, pas plus que l’autocritique ou la mémoire médiatique.

Journal de France Inter, vendredi 20 janvier 2006, 12h. Ouvrant sur le déclenchement du plan « épervier », par le récit d’une fusillade et de l’arrestation de deux hommes, la journaliste Claire Servajean continue sur l’ouverture d’un procès à Strasbourg :

« Ouverture ce matin à Strasbourg du procès des bourreaux du petit Nicolas, un enfant de neuf ans, mort en 2003 des suites de mauvais traitements. Aujourd’hui ses parents, sa grand-mère et son oncle comparaissent devant les assises pour torture et actes de barbarie. Ils sont soupçonnés d’avoir fait de ce petit garçon le souffre-douleur de la famille ; le petit Nicolas était souvent frappé et attaché, il était aussi privé de boire. Le drame s’était déroulé dans un immeuble de la banlieue de Strasbourg, on reviendra sur ce procès tout à l’heure à 13 heures. »

Des coupables désignés

Passons sur le choix des informations développées en tête de ce court flash, qui sert essentiellement à annoncer les titres développés dans le journal de 13 heures. Passons sur l’emploi du « petit », terme à la mode pour qualifier les enfants, et qui ne semble mis là que pour forcer la communion émotionnelle. Par contre, on ne peut pas laisser passer les propos de la journaliste, qui affirme à l’indicatif les actes commis (souligné par nous) : « le petit Nicolas était souvent frappé et attaché, il était aussi privé de boire. » Les personnes en procès sont qualifiés de « bourreaux », sans aucune nuance sur leur culpabilité éventuelle. Petite concession à la présomption d’innocence, ils sont « soupçonnés d’avoir fait de ce petit garçon le souffre-douleur de la famille ». Après leur avoir attribué des actes et les avoir recouvert de la cagoule du bourreau, qui pourrait croire que ces gens n’ont pas encore été jugés ? Qui pourrait croire qu’ils ne sont pas coupables ? Ce type de procédé rappelle furieusement l’affaire d’Outreau : voir l’article de « Affaire d’Outreau » : Après le « délire » médiatique, l’amnésie collective.

Claire Servajean continue son journal :

« Après les acquittés d’Outreau, hier, les avocats des acquittés, ils sont entendus à leur tour aujourd’hui par la commission d’enquête parlementaire sur cette affaire d’Outreau. L’audition des avocats est publique, tout comme le sera l’audition du juge Burgaud, qui sera entendu le 8 février prochain. »

Une deuxième couche à 13h

Le journal de 13h, présenté par Yves Decaens, ordre inverse : d’abord Outreau, puis Strasbourg. Dans le reportage de Christian Bindner sur les travaux de la commission parlementaire, il sera souligné que « la présomption d’innocence n’existe pas, seulement la présomption de culpabilité » ; ces propos d’un avocat de la défense ne visent la justice, mais pourraient tout à fait s’appliquer aux médias. Enchaînant sur le procès de « la famille du petit Nicolas », Yves Decaens laisse la parole à Céline Rousseau, à Strasbourg. Là encore, pas de nuances : « (...) quatre membres d’une même famille dans le box des accusés pour avoir fait d’un garçon de neuf ans leur souffre-douleur (...) [ils l’ont] ligoté à son lit, battu avec une spatule en bois, interdit de boire, constamment humilié (...) quatre adultes dans le même box, qui tentent chacun de minimiser leur rôle dans le calvaire subit par Nicolas jusqu’à sa mort, le 9 août 2003. » Encore une fois, pas de doute, ils sont coupables. De plus, ici, la journaliste citera les noms et les prénoms, pointant nommément les « bourreaux ».

Amnésie médiatique

La rédaction de France Inter s’est-elle seulement rendue compte qu’elle vient de faire une collision frontale entre Strasbourg et Outreau ? Que les mêmes mécanismes sont à l’œuvre dans les deux affaires : dénonciation, affirmation de la culpabilité, fi de la présomption d’innocence ? Les médias, prompts à juger la justice, à s’indigner de « l’affaire d’Outreau », oublient leur rôle dans ce type d’affaire. Et continuent à désigner les coupables à la vindicte populaire. Et ne semblent même pas prendre conscience du paradoxe. « Il faut réintroduire dans la justice un devoir d’humanité »insistait un des avocats de la défense devant la commission parlementaire. De même pour le journalisme.

publié le mercredi 24 janvier 2007 à 11h59 par Èffe


Post-Scriptum
Vous pouvez écouter les extraits de ces journaux en cliquant sur les fichiers ci-dessous :

journal de 12h - 1.5 Mo

journal de 12h

journal de 13h - 3.1 Mo

journal de 13h

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