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« Journalisme » politique sur France Inter (2)

Cette fois-ci, c’est le matin que France Inter nous convie à boire un grand bol de soupe. Une soupe le matin ? Comme elle est recommandée sur la carte, j’ai goûté. C’est pas bon.

Cette fois-ci, c’est Pierre le Marc - cuisinier remarquable, comme l’attestent ses titres : rédacteur en Chef [1], chef du service France - qui s’y colle. Voyons si la tambouille sera meilleure que celle concoctée par sa gentille cordon bleu Hélène Jouant.

Déjà, on peut penser que le monsieur est bon : il a droit de parler dans le micro tous les matins, pour une chronique de trois minutes quarante-cinq secondes. Sur une radio nationale, à 7h46, je connais des militants socialistes prêts à vendre leur maison sur l’Île de Ré pour avoir ce privilège. Et puis le monsieur est chef d’un service ambitieux, côté politique. « C’est de la vie de la cité, c’est de l’avenir du pays, c’est de la démocratie et du pouvoir citoyen qu’il s’agit » comme ils disent [2].

Les « faits significatifs »

Et pourtant, ce matin, quelle déception... Moi qui croyait pouvoir me délecter d’un exposé précis d’idées, d’une vision claire des enjeux, d’une béquille haute performance pour ma culture politique boitillante, je me suis retrouvé avec un bol de soupe tiédasse. Une soupe claire où flottaient quelques morceaux de rumeur, et au fond du bol se rassemblaient - beurk ! - des lambeaux de parisianisme et de commentaires de comptoir. J’ai regardé à nouveau la carte [ 2 ], et j’ai bien vérifié que le plat qu’on venait de me servir était normalement à base de « faits significatifs ». J’ai donc pris ma cuillère, et j’ai touillé pour les trouver, les « faits significatifs ».

Le nom du plat : Hollande : le plus difficile reste à faire...

« Dans l’agenda du premier secrétaire du Parti socialiste, trois tâches tout à fait capitales restent à réaliser pour que le PS soit mis véritablement en position de force dans la bataille présidentielle. Ce qui n’est pas encore le cas.

Y’a un premier truc qui a du mal à passer, ici : c’est l’obsession de la présidentielle. Sans rire, ça fait des années, oui, bien des années que tous les journalistes politiques nous bassinent avec cette élection, oubliant joyeusement de parler du reste de la politique de notre pays. Ici, le Parti Socialiste est assimilé à un parti en quête unique de la présidentielle, chose que quasiment tous les élus socialistes interrogés lors des interviews politiques ont nié. Mais Pierre le Marc sait tout mieux que tout le monde, il sait « aller chercher derrière les discours et les comportements la réalité des motivations ». En fait, je crois surtout qu’il ramène le débat sur le terrain qu’il apprécie le plus : celui du commentaire, de l’avis du journaliste, moins fatiguant que la recherche d’information. Les « tâches » que François Hollande doit réaliser sont forcément « capitales », et le PS n’est pas encore « en position de force ». Sur quoi s’appuient ces affirmations ? L’auditeur ne le saura pas.

Vendre le produit

« La première de ces tâches, c’est de populariser et de crédibiliser le projet que vient d’adopter le parti. Le texte se donne pour ambition de recréer de la confiance au cœur du pays en refondant le modèle social français par une très nette inflexion à gauche des politiques mises en œuvre depuis 2002.

Suivant les priorités édictée par notre brillant locuteur, il faut « populariser et crédibiliser » le projet ; c’est-à-dire vendre le produit plutôt que discuter, argumenter, échanger des idée autour de la situation du pays. Le marketing de la politique est malheureusement devenue une norme de lecture pour les journalistes politiques. Au fait, de quoi parle le projet, d’après Pierre le Marc ? « Recréer de la confiance au cœur du pays » phrase qui ne veut rien dire - les notions de « confiance » et de « cœur du pays » étant d’une imprécision totale ; cela s’appuyant sur « une très nette inflexion à gauche des politiques mises en œuvre depuis 2002 ». Sans blague. Depuis 2002, c’est l’UMP, un parti de droite, qui dirige le pays. Donc notre journaliste nous annonce un scoop : si la gauche revient au pouvoir, elle fera une politique plus à gauche que l’UMP. Si, si, je vous assure. Il faut avoir de longues années de pratique du journalisme politique pour arriver à faire ce genre de constat.

Alibi

« Il fixe cinq grands engagements : réussir le plein emploi en dopant la croissance par le pouvoir d’achat et l’investissement. Réussir « l’égalité réelle » en agissant sur tous les plans (éducation, logement, protection sociale, sécurité...), réussir le développement durable, faire réussir la France en Europe et dans le monde, réussir enfin la démocratie sur le plan politique (un président plus responsable, un Parlement plus puissant et plus autonome), sur le plan social et syndical comme sur le plan civique (avec un service civil obligatoire).

Ce résumé du programme du Parti Socialiste est extrêmement bien fait. Il est suffisamment court pour ne vouloir rien dire, se contentant de lister des objectifs très vagues ; il sert ensuite d’alibi à la chronique de Pierre le Marc. Là y’a de l’info. Elle est très tronquée, elle est cachée entre deux commentaires, elle est inutilisable, mais elle est là. Regardez-là bien, vous n’en verrez plus de sitôt.

« Mais cette incantation sur le thème de la réussite et du changement doit encore pour trouver un écho électoral efficace pour faire tomber le mur épais de scepticisme qui préexiste dans l’opinion, y compris à gauche où on estime ce projet ni ambitieux, ni imaginatif.

Voilà, on revient à la raison d’être de Pierre le Marc. Le commentaire. le programme devient une « incantation », c’est-à-dire, selon mon copain le Petit Robert, « l’emploi de paroles, de formules magiques pour opérer un charme, un sortilège. » En bref, François Hollande, loin de se placer dans l’action politique, serait occupé à préparer un vague tour de magie. Mais le tour de magie n’est pas simple, puisqu’il s’agit de « faire tomber le mur épais de scepticisme qui préexiste dans l’opinion » ; quel outil d’étude sociale, quelle enquête de terrain a permis à Pierre le Marc de mesurer l’épaisseur d’un mur de scepticisme, nous n’en saurons rien. De même que l’affirmation « à gauche où on estime ce projet ni ambitieux, ni imaginatif », avec ce « on » indéfini. La précision est la marque de fabrique des grands journalistes.

Le fond de la pensée

« Autre test aussi important, le PS doit apporter la preuve que son projet répond aux deux critères qualificatifs de la crédibilité : être vraiment réalisable dans le cadre de finances publiques très dégradées et dans la perspective d’une croissance hypothétique, conduire aux réformes difficiles qu’imposent les lourdeurs et les archaïsmes du système français. Les exhortations de François Hollande à « l’exigence de réalisme », à « la hiérarchisation des priorités », à la gestion patiente et prudente du temps montrent que sur ce plan beaucoup reste à faire.

Haa, le voilà, le fond de la pensée de notre chroniqueur ! À croire que le reste de l’article n’est là que pour emballer un peu ces propos. Et oui, les finances publiques sont forcément « dégradées », et le système français toujours « lourd » et « archaïque ». C’est comme ça. Tout le monde vous le répète, vous n’avez pas encore compris ? Évidemment, tout cela nécessiterait des réformes « difficiles » (mais certaines personnes privilégiées sont contre, suivez mon regard). La dernière phrase ne veut pas dire grand’chose, mais elle rempli le temps d’antenne.

Personnalisation de la politique

J’arrête ici, car le reste est à l’avenant ; je ne peux passer cependant sous silence ce petit paragraphe :

« Mais, quelle que soit la priorité que l’on veuille donner au fond des choses, les deux tâches dont on vient de parler, seront d’autant mieux réalisées que le Parti socialiste aura résolu rapidement et dans le rassemblement, la question de leadership qui le fragilise depuis 2002. C’est l’épreuve fondamentale qui attend François Hollande.

Voilà, on y revient, la seule chose qui compte c’est le leadership. Et une formation sans leader, c’est fragile. La conception de la démocratie selon Pierre le Marc est assez étrange : une organisation n’existe qu’en son leader. Peu importe qu’elle représente beaucoup de personnes, l’important c’est le chef. D’où cette image de bataille des chefs, de cours autour de seigneurs, seuls habilités à parler, centres de tous les intérêts. Les idées d’une organisation passent loin derrière, les actions collectives également. Il faut dire que les idées et les action, cela demande du travail, des enquêtes de terrain, de la réflexion. C’est beaucoup plus facile de se nourrir de commentaires en personnalisant les débats. N’est-ce-pas, Pierre le Marc ?

[1] Ce n’est pas moi qui ai décidé de mettre une capitale à chef. C’est comme ça sur le site de France Inter

[2] Pour citer précisément, et remettre le texte tel qu’il est sur le site du service politique d’Inter :

« Elle passionne, elle irrite, elle désespère parfois. Mais la politique ne peut laisser indifférent. C’est de la vie de la cité, c’est de l’avenir du pays, c’est de la démocratie et du pouvoir citoyen qu’il s’agit. France Inter en rend compte en temps réel sur ses antennes. Au service des auditeurs, une équipe de cinq journalistes. Leur règle : la rigueur.

Leur objectif :

-  dégager des faits significatifs qui structurent et orientent le cours de la vie politique,
-  aller chercher derrière les discours et les comportements la réalité des motivations et des rapports de force, donner au citoyen l’information dont il a besoin pour renforcer sa liberté et le poids de sa décision. »

publié le mercredi 24 janvier 2007 à 11h58 par Èffe


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Chronique de Pierre le Marc, lundi 3 juillet 2006 - 16.5 ko

Chronique de Pierre le Marc, lundi 3 juillet 2006

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